Le défi conservateur : pas si simple

Trahie par la gauche, déçue par la droite, la France s’est livrée sans résistance au libéralisme macronien. Réputés conservateurs, les Français sont profondément imprégnés par un relativisme de gauche qui est le principal obstacle au retour de la droite au pouvoir. Le retour conservateur ? Pas si simple.

LA GRANDE VERTU de l’élection d’Emmanuel Macron est d’avoir montré que la France ne croyait plus dans la gauche, mais qu’elle n’espérait plus non plus dans la droite. Elle s’est livrée par dépit à la synthèse des deux : le « syncrétisme conciliant » macronien (le concept est du cardinal Bergoglio), un bonapartisme libertaire qui n’enthousiasme personne. Si donc une alternative est possible, c’est au prix d’un changement radical de la droite et de la gauche. Continuer la lecture de « Le défi conservateur : pas si simple »

Carnet de voyage : « En flânant à travers Téhéran »

Impressions de voyage de l’auteur à Téhéran. Thomas Flichy de La Neuville a publié L’Iran au-delà de l’islamisme (L’Aube, 2013) et dirigé avec Antoine de Prémonville Géopolitique de l’Iran (PUF, 2015).

JE FUS SAISI à ma descente d’avion par cette espèce d’odeur un peu âcre qui me rappelait que j’avais retrouvé Téhéran la miséreuse et son haleine pétrolière. Le temps d’attendre une heure en compagnie d’un acheteur de tapis italien et d’un allemand en mission interlope, je me frayai un chemin dans la rue, égayé par le concert étrange des imperceptibles coups de klaxon qui accompagne le flot anarchique des voitures. L’on circule bien la nuit sous les banderoles à la gloire du régime et il me fallut attendre la chaleur du jour suivant pour examiner la façon dont la ville avait changé. Continuer la lecture de « Carnet de voyage : « En flânant à travers Téhéran » »

Le cardinal de Retz, mots d’esprit pour temps de troubles

A lire ou relire, quelques traits extraordinairement lucides sur la métamorphose d’un État en temps de guerre civile.

JEAN-FRANçOIS DE GONDI se savait trop léger pour prétendre s’emparer du pouvoir. Cet agitateur professionnel nous a pourtant légué, au fil de ses Mémoires, quelques traits extraordinairement lucides sur la métamorphose de l’État en temps de guerre civile. Continuer la lecture de « Le cardinal de Retz, mots d’esprit pour temps de troubles »

Avortement : le vice initial de la loi de 75

La mort de Simone Veil a réveillé le débat tragique sur la légitimité et l’évolution de la loi de 1975 dépénalisant l’avortement. La loi Veil a pu être jugée inacceptable en raison de sa rédaction ambiguë, affirmant tout et son contraire, ouvrant la porte à toutes les dérives, mais discutable comme loi de tolérance. Dans les faits, la dépénalisation est devenue criminogène : était-ce l’intention initiale ? Sans doute pas, mais elle portait atteinte au bien commun, ce que personne n’a voulu admettre dès l’origine.

LA LEGISLATION actuelle sur l’IVG ne correspond plus à l’équilibre que Simone Veil souhaitait atteindre en 1975, argumente Chantal Delsol dans le Figaro du 3 juillet à l’occasion de la mort de l’ancien ministre de la Santé [1]. Le sujet abordé et la manière dont il a été traité par la philosophe soulèvent des questions trop importantes pour ne pas appeler leur approfondissement. Continuer la lecture de « Avortement : le vice initial de la loi de 75 »

Retour de Total sur le marché iranien : une victoire diplomatique de premier plan

L’Iran et Total signent lundi 3 juillet un contrat de 4,8 milliards de dollars pour l’exploitation du champ gazier de South Pars. Cette réussite s’explique pour des raisons stratégiques propres au groupe Total, mais également culturelles et géopolitiques. Décryptage de Thomas Flichy de La Neuville.

LE GROUPE TOTAL, dont la représentation est située dans les quartiers nord de Téhéran, n’a jamais mis fin à sa présence en Iran. Même au plus fort de la crise, le groupe a tenu à conserver une représentation sur place. Ceci était d’autant plus intelligent que la France avait adopté une position très dure vis-à-vis de l’Iran, à l’inverse de l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne, qui avaient poursuivi leurs affaires sur place. C’est donc la stratégie de modération et de réalisme propre au groupe français qui a payé. Le ministre iranien des Affaires étrangères faisait une discrète visite en France la semaine dernière afin de mettre une touche finale aux négociations.  Continuer la lecture de « Retour de Total sur le marché iranien : une victoire diplomatique de premier plan »

Législatives : ne pas se tromper d’adversaires

Le bon vote est le vote pour le bien commun. Considérer que le bien commun est supérieur à ses « convictions » ou à ses « valeurs » est un exercice parfois difficile. C’est admettre que la politique n’est pas le lieu de l’affrontement entre le bien et le mal, mais le théâtre du meilleur possible, dans une réalité complexe. Bien voter, c’est bannir l’esprit de parti et les ambitions mal placées qui divisent au lieu de construire.

EN PERIODE TROUBLEE, le Français a une solution : moi ou le chaos. Cela donne 7.882 candidats aux législatives pour 577 places, soit 14 candidats par circonscription. Des hommes et des femmes courageux, au dévouement incontestable, certes, mais dont le nombre soulève un malaise. Continuer la lecture de « Législatives : ne pas se tromper d’adversaires »

Bellamy : « Tout est à reconstruire. Tout commence »

Extraits d’une tribune de François-Xavier Bellamy, parue dans Le Figaro du 27 avril 2017, à méditer quelques jours avant le premier tour de l’élection législative.

« L’ELECTION présidentielle laissera à des millions de Français le sentiment amer d’un rendez-vous manqué ; et cet échec est lourd de conséquences. Alors que notre pays, pourtant riche d’un potentiel exceptionnel, traverse une crise qui touche aujourd’hui toutes les dimensions de notre vie collective, il était plus nécessaire que jamais d’aboutir à un choix clair, assumé, et rendu légitime par un vrai débat de fond. C’est ce cap cohérent qui a tant manqué à la France depuis cinq ans. Pouvions-nous nous offrir le luxe d’un nouveau choix grevé d’ambiguïtés ? C’est pourtant ce qui vient d’arriver. […] Continuer la lecture de « Bellamy : « Tout est à reconstruire. Tout commence » »

Applaudissez : Auguste Macron entre en scène

Auguste ? Un caméléon changeant de couleur, tour à tour pâle, rouge, noir, et puis après charmant comme Vénus (Julien l’Apostat). Pendant que la tyrannie se fortifiait, on ne parlait que de liberté (Montesquieu).

PLAUDITE, acta est fabula. « Applaudissez, la pièce est jouée. » Tels auraient été les derniers mots prononcés par l’empereur Auguste avant de succomber à une figue empoisonnée. Cet homme énigmatique qui avait pris un soin jaloux à ne jamais définir le régime nouveau qu’il instaurait fut décrit a posteriori par Julien l’Apostat comme un « caméléon changeant de couleur, tour à tour pâle, rouge, noir, et puis après charmant comme Vénus ». Continuer la lecture de « Applaudissez : Auguste Macron entre en scène »

Le vote blanc des catholiques

L’explosion du vote blanc lors du second tour de la présidentielle est la principale leçon de ce scrutin : il a été multiplié par plus de quatre entre les deux tours et a pulvérisé le précédent record de 1969 (6,4 %) pour atteindre 11,5 %. Parmi ces bulletins, le choix de nombreux catholiques qui, contrairement aux chiffres annoncés, ont donc moins voté pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen que l’ensemble des Français.

LE SONDAGE IFOP/Pèlerin sur le vote des catholiques pratiquants réguliers au second tour donne 71% à Macron et 28% à Le Pen. Dans la mesure où le vote blanc qui n’a jamais été aussi élevé lors de ce scrutin sous la Ve République (11,50%), n’est pas indiqué, cette indication ne paraît ni juste, ni honnête, surtout si l’on considère que l’électorat catholique était particulièrement fondé à ne pas se retrouver dans l’offre politique de ce deuxième tour. Continuer la lecture de « Le vote blanc des catholiques »

Gagner le cœur de la France qui souffre, qui travaille et qui espère

Comment reconstruire ? La France périphérique, cette France abrutie par des années d’assistanat et de télévision débile, attend qu’on lui parle de ce qui est grand en elle.

LA LEçON PRINCIPALE de la présidentielle est celle-ci : 75% de la France pense et vit à gauche, même si cette gauche liquide est fracturée (libérale ou nationaliste) et pas nécessairement convaincue. Son seul point commun est dans l’individualisme de son mode de pensée, régulé par la technique et le marché d’un côté, par la force de l’autre. Continuer la lecture de « Gagner le cœur de la France qui souffre, qui travaille et qui espère »