Iran : « Le cerveau organisateur des troubles reste à identifier »

Spécialiste de l’Iran, professeur de géopolitique à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, Thomas Flichy de La Neuville répond aux questions de Philippe de Saint-Germain pour Aleteia sur les émeutes qui secouent la République chiite ennemie de l’Arabie saoudite et de Daech. Contrairement aux apparences, le pays des ayatollahs n’est pas le pays le plus éloigné de l’Occident. Sa déstabilisation aurait de graves répercussions dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Le mouvement de manifestations qui se propage en Iran est le plus important qu’ait connu le pays depuis 2009. La répression scandalise l’Occident. Que se passe-t-il exactement ? L’élection du modéré Hassan Rohani en 2013, puis sa réélection en 2017, n’auraient-elles pas dû apaiser la contestation populaire ? 

Thomas Flichy de La Neuville. — L’Iran est actuellement en proie à un mouvement de contestation lié à la situation économique du pays. La raison en est la suivante : le gel des activités nucléaires de l’Iran devait avoir pour contrepartie le dégel des avoirs iraniens. Or rien de tel ne s’est produit, si bien que la population estime avoir fait l’objet d’un marché de dupes. La population iranienne dirige donc logiquement son ressentiment vers le gouvernement actuel, qui tâche de faire des concessions en sa faveur. Continuer la lecture de « Iran : « Le cerveau organisateur des troubles reste à identifier » »

Fr. Olivier-Thomas Venard :
« À Jérusalem, réintroduire
du “religieux” est un jeu dangereux »

Le frère Olivier-Thomas Venard op, vit et travaille à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem depuis près de dix-sept ans. Directeur du programme de recherches La Bible en ses Traditions, auteur de deux ouvrages et de plusieurs articles sur la situation en Terre sainte, il répond à mes questions pour Aleteia sur l’impact de la position américaine concernant le statut de Jérusalem.

Aleteia. — Le président américain, Donald Trump, a annoncé, mercredi 6 décembre, que les États-Unis reconnaissaient désormais Jérusalem comme capitale d’Israël. Cette promesse de campagne a déchaîné des violences dans le monde arabe, et la désapprobation générale dans les chancelleries. Quel est le contexte historique de cette annonce ? Comment peut-elle s’expliquer ?

Fr. Olivier-Thomas Venard. — On peut essayer de le comprendre de trois façons, aucune n’est très satisfaisante. Du point de vue de Donald Trump lui-même — la décision a été prise semble-t-il contre l’avis de son secrétaire d’État et de son ministre de la Défense —  il s’agit de bouleverser la donne, pour faire surgir une nouvelle solution, un meilleur « deal », comme il dirait… Continuer la lecture de « Fr. Olivier-Thomas Venard :
« À Jérusalem, réintroduire
du “religieux” est un jeu dangereux » »

La crèche du maire qui ne lâche rien

Au cœur de la Bourgogne, une petite crèche venue de Palestine fait de la résistance.

LE MAIRE de Paray-le-Monial expose dans le hall de sa mairie une crèche en nacre offerte par le maire d’une commune de Palestine, avec laquelle sa ville est jumelée : Bethléem. Dans un contexte de laïcité chatouilleuse, le jumelage culturel entre les deux petites villes devrait pouvoir gommer les susceptibilités idéologiques. Mais l’initiative a un précédent douloureux. Continuer la lecture de « La crèche du maire qui ne lâche rien »

Laïcité : une nouvelle affaire de croix
litigieuse dans un cimetière

Dans ce village de la Creuse, le maire veut retirer la croix de la grille du cimetière communal, une croix qui, en vieillissant, s’est mise subitement à perturber le vivre-ensemble.

À SAINT-SULPICE-le-GUERETOIS (Creuse), le maire de la commune, Claude Guerrier, souhaite retirer la croix du portail du cimetière. « Cette démarche ne se veut pas polémique, ce n’est pas contre le catholicisme, prévient-il, mais le cimetière est un espace public partagé où tout le monde a accès, quelles que soient ses croyances, convictions ou absence de croyances. » Continuer la lecture de « Laïcité : une nouvelle affaire de croix
litigieuse dans un cimetière »

Au nom des droits de l’homme, l’ONU veut s’opposer au droit à la vie

« Nous sommes contre. » Un collectif de 110 juristes, auquel je suis associé comme journaliste, s’oppose au Comité des droits de l’homme de l’ONU qui encourage les États à faciliter le prétendu droit à l’avortement et à l’euthanasie. Tribune publiée par Causeur.

RENÉ CASSIN, un Français, est à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. D’une valeur juridique non contraignante mais d’une portée exceptionnelle après la fin de la barbarie nazie, cette Déclaration a été convertie en un instrument juridiquement contraignant : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté à New York en 1966 et ratifié par 168 États. Continuer la lecture de « Au nom des droits de l’homme, l’ONU veut s’opposer au droit à la vie »

Le rôle social des cathédrales

En rendant l’entrée des cathédrales payantes, l’État violerait la liberté religieuse de l’Église dont le message ne peut s’exprimer que dans la gratuité.

CHARGÉ par le président de la République d’une mission sur le patrimoine, l’animateur Stéphane Bern a émis la suggestion de rendre payante l’entrée des cathédrales pour assurer leur entretien. L’idée n’est pas nouvelle. En 2014, la proposition avait circulé lors d’une réunion entre le ministre de la Culture et le Centre des monuments nationaux pour faire face au gouffre que représente la charge des 77 cathédrales de France. Relancée par Stéphane Bern, la proposition a suscité un tollé, notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant le présentateur de « Secrets d’histoire » n’avait pas l’intention de faire payer les fidèles, mais les seuls touristes, comme il l’a précisé. Continuer la lecture de « Le rôle social des cathédrales »

Croix de Ploërmel : « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement »

Le Conseil d’État juge contraire à la loi du 9 décembre 1905 l’installation d’une croix en surplomb d’une statue du pape Jean-Paul II érigée sur une place de la commune de Ploërmel (Morbihan). Auteur d’un manuel universitaire sur la laïcité qui vient de paraître, Droit des cultes et de la laïcité (éd. Gualino), le professeur Ramu de Bellescize répond à mes questions dans Aleteia sur la décision du Conseil d’État. « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement. »

Le 30 avril 2015, la justice a enjoint le maire de Ploërmel de faire procéder au retrait de la statue de Jean Paul II installée dans sa ville. Puis, la cour administrative d’appel de Nantes a annulé le jugement. Finalement, le Conseil d’État prononce un jugement de Salomon : oui à la statue du pape, non à la croix. Pourquoi la loi de 1905 est-elle aussi difficile à suivre ?

Ramu de Bellescize. — En démocratie, la liberté religieuse n’est pas conçue comme le droit de faire, mais le pouvoir de faire. L’état du droit à l’égard des cultes ne se fonde qu’en partie sur cette idée. Car il existe un autre principe, tout aussi important : la laïcité. Celle-ci n’interdit pas le culte, mais en limite l’exercice. L’article 2 de la loi de 1905 est explicite : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » De la rencontre entre ces deux principes, il ressort que la reconnaissance publique de certaines activités ou de certains biens liés aux cultes sont « plus ou moins permis ». Continuer la lecture de « Croix de Ploërmel : « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement » »

Roland Hureaux : « La provocation indépendantiste de la Catalogne condamne l’Europe des régions »

Mon interview dans Aleteia de Roland Hureaux, ancien haut fonctionnaire et diplomate, sur les origines de la crise politique en Catalogne et ses conséquences en Europe.

La tentative de coup de force séparatiste de la part de la Generalitat de Catalunya, a révélé une crise du modèle fédéral du royaume d’Espagne. Pourtant ce modèle paraissait équilibré, comme une bonne illustration du principe de subsidiarité. Cette crise était-elle prévisible ?

Roland Hureaux. — Je ne crois pas que ce que vous appelez le modèle fédéral espagnol ait jamais atteint son point d’équilibre. Il ne résulte nullement de l’application du principe de subsidiarité, mais du contexte particulier de l’Espagne. Certaines régions espagnoles comme la Catalogne ou le Pays basque sont caractérisées depuis longtemps par un particularisme, dû notamment à l’existence d’une langue propre. Continuer la lecture de « Roland Hureaux : « La provocation indépendantiste de la Catalogne condamne l’Europe des régions » »

Emmanuel Macron ou le droit du plus fort

Dans cette tribune publiée par Famille chrétienne, réflexion sur le double langage macronien : dans la jungle apaisée du « premier de cordée », la vie est sacrée à condition d’en disposer si la collectivité le désire. Il suffit d’en débattre.

PROMESSE TENUE, les députés ont voté la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). La mesure, qui vise à réorienter l’épargne vers le financement des entreprises, est diversement appréciée, notamment par les familles qui se constituent un patrimoine immobilier transmissible. Continuer la lecture de « Emmanuel Macron ou le droit du plus fort »

Jean Sévillia : « L’Autriche va changer la donne en Europe »

AU COEUR DE L’EUROPE, l’Autriche redonne le pouvoir aux conservateurs. Peu de réels changements en perspective, mais une inflexion régionale certaine qui pèsera sur la politique de l’Union européenne. Mon interview parue sur Aleteia de l’historien Jean Sévillia, spécialiste de l’Autriche et biographe du Dernier Empereur (Perrin).

Le futur chancelier, le très jeune Sebastian Kurz (31 ans), annonce l’ouverture de négociations avec le FPÖ, classé à l’extrême-droite selon les standards médiatiques, pour constituer le nouveau gouvernement. Cela provoque l’indignation dans les capitales européennes. Faut-il s’attendre à un bouleversement politique régional ?

Jean Sévillia. — Les Autrichiens n’ont pas une approche idéologique de la politique comme  les Français qui projettent volontiers leurs schémas hexagonaux sur une réalité totalement différente. À Vienne, les coalitions gouvernementales se négocient sur des programmes, de manière purement pragmatique, aussi bien entre conservateurs et sociaux-démocrates qu’entre sociaux-démocrates et populistes de droite. Kurz ne fait que proposer la reconduction de l’alliance conservateurs-nationaux populistes qui a gouverné l’Autriche entre 2000 et 2007. À l’époque, cette alliance avait soulevé un tollé en Europe. Jacques Chirac avait appelé à des sanctions européennes… qui ont été levées après six mois quand il a bien fallu s’apercevoir que l’Autriche restait un État de droit où les institutions démocratiques continuaient de fonctionner ! Continuer la lecture de « Jean Sévillia : « L’Autriche va changer la donne en Europe » »