Bergoglio : « Dans les difficultés politiques, revenir au meilleur possible »

Citation | Après des échecs politiques répétés, la tentation est grande de s’enfermer dans la surenchère idéologique et le radicalisme partisan. Hors de moi et de mes idées, point de salut. Cet orgueil désespéré confond le service du bien commun et la conquête du pouvoir, ce ne peut être une attitude chrétienne explique le cardinal Bergoglio. La véritable politique commence par accepter le réel tel qu’il est : « Chargeons-nous de la réalité qui nous incombe, commençons par en bas, faisons-le meilleur bien possible. »

« NOUS NE DEVONS PAS TOUT ATTENDRE de ceux qui nous gouvernent : cela serait infantile. […] Quand les violents se marginalisent d’eux-mêmes, quand les diffuseurs de confusion et de mensonges, ceux qui nourrissent une ambition strictement individuelle, continuent à envisager l’action politique pour ses seuls jeux de pouvoirs, nous, nous nous mettons au service du meilleur possible pour tous. Continuer la lecture de « Bergoglio : « Dans les difficultés politiques, revenir au meilleur possible » »

Béatitudes de l’homme politique

Ces « Béatitudes de l’homme politique » sont l’oeuvre du cardinal François-Xavier Van Thuân, un saint homme de Dieu qui a connu les prisons communistes. Le texte m’a été remis par Mgr Giampaolo Crepaldi, alors secrétaire du Conseil Justice et Paix et ancien collaborateur du cardinal.

ÉVEQUE de Nha Trang, archevêque coadjuteur de Saigon, de famille princière, François-Xavier Nguyen Van Thuân fut détenu treize années dans les prisons communistes du Vietnam avant d’être exilé à Rome. Nommé président du Conseil pontifical Justice et Paix par Jean Paul II, il est mort en 2002. Le pape François vient d’autoriser la reconnaissance de ses vertus héroïques, ouvrant la voie à une possible béatification. Continuer la lecture de « Béatitudes de l’homme politique »

Voter pour le meilleur possible

Ce dimanche, premier tour de l’élection présidentielle. Chaque scrutin permet de s’interroger sur le sens de son vote : pourquoi voter, comment voter ? C’est surtout l’occasion de réfléchir en tant que chrétien à sa responsabilité politique. Car l’élection est un acte politique avant tout. « Politique », pas religieux, ni même moral.

UNE TENTATION revient toujours à chaque élection chez les citoyens de conviction : voter pour le bien, ou contre le mal. Autrement dit, choisir comme si le bien et le mal dans la société dépendaient des urnes. Cette vision relève d’un moralisme inspiré par un certain relativisme démocratique : le bien et le mal ne dépendent d’aucune majorité. Continuer la lecture de « Voter pour le meilleur possible »

Un chrétien peut-il voter pour le “moindre mal” ?

Comment concilier le respect de ses principes avec ses engagements dans une réalité politique hostile ? Pour le chrétien, il est légitime de voter pour un candidat imparfait, à condition de ne pas voter pour ses imperfections. Explication.

LE VOTE CHRETIEN doit-il se déterminer uniquement sur la position des candidats concernant les normes fondamentales qui constituent le socle moral de la société ? La réponse est non. Ce point de vue n’est pas soutenu par la tradition biblique et chrétienne de la responsabilité politique. Le seul critère est celui du bien commun, qui suppose la référence à ces normes intangibles, mais qui ne fonctionne pas comme un catalogue de principes. Continuer la lecture de « Un chrétien peut-il voter pour le “moindre mal” ? »

« Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel

A propos d’Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Cerf). En cognant sur les “croisés du monde blanc” qui instrumentalisent le message chrétien à des fins politiques, Erwan Le Morhedec prend le risque de jeter le bébé de la culture chrétienne avec l’eau du bain identitaire, alors qu’il cherche surtout à montrer la nécessité de la cohérence dans l’engagement politique des catholiques.

L’IDENTITAIRE, au sens où il est compris dans le livre de l’avocat blogueur Erwan Le Morhedec, désigne deux sortes de catholiques : celui qui s’identifie au catholicisme pour des raisons essentiellement culturelles et celui qui associe sa foi à ses devoirs d’appartenance temporelle, en particulier nationale.

Cette identification pose problème dès lors que l’identité catholique se dissout dans un déterminisme politique. L’auteur distingue bien identité et identitarisme : « L’identitarisme n’est pas le goût ou la conscience de l’identité, c’est le rejet de l’altérité. » Cette perversion de l’attachement à l’identité érigée en principe, voilà qui est dangereux, explique Le Morhedec. Continuer la lecture de « « Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel »

Démystifier la politique et revenir au réel : un service chrétien

L’idolâtrie du pouvoir et le refus du réel sont les deux faces d’une même irrationalité politique et morale. En libérant l’homme contemporain des mythes idéologiques qui le trompent et l’asservissent, la foi chrétienne rend la politique à la raison.

LE TEMPS DES ELECTIONS est une bonne opportunité pour s’interroger, en tant que chrétien, sur le sens donné à sa responsabilité politique personnelle. « Le premier service que rend la foi chrétienne à la politique, écrivait le cardinal Ratzinger, consiste à libérer l’homme de l’irrationalité des mythes politiques [1]. » En quoi mes réflexions, mes décisions et mes paroles contribuent à lever ces mythes, c’est-à-dire à les identifier et à s’y opposer ? Continuer la lecture de « Démystifier la politique et revenir au réel : un service chrétien »

« Je suis chrétien »

« Je suis chrétien. » Il n’en faut pas plus pour déclencher une fatwa avec ce genre de propos iconoclaste chez un homme politique dans la France d’aujourd’hui. Évidemment, François Fillon, l’auteur du scandale, avait préparé son coup. Le calcul est de sa part audacieux, dans un contexte hyper laïciste. Mais en quoi est-il illégitime ?

TOUT CHRETIEN est fondé à revendiquer son droit de servir le bien commun en tant que chrétien. Mais les décisions qui peuvent être les siennes dans l’exercice de ses responsabilités, qu’il soit élu ou électeur, relèvent de son propre jugement et de sa raison. L’engagement politique du chrétien n’est pas un engagement confessionnel : il n’engage pas l’Église. Il se doit seulement d’être cohérent avec sa conscience, et en l’occurrence, puisqu’il est chrétien, avec les principes dont l’Église reconnaît qu’ils sont les fondements d’une société libre et digne de l’homme. Continuer la lecture de « « Je suis chrétien » »

Cardinal Robert Sarah : « Vous êtes le présent et le futur de l’Europe et de l’Église »

Document | Homélie de la messe du pèlerinage de Vézelay des routiers Scouts d’Europe, 31 octobre 2016, lundi de la XXXIe semaine dans l’année liturgique. « Ne vous laissez pas entraîner par une Europe ivre de ses multiples idéologies qui ont fait beaucoup de mal à toute l’humanité. »

« TOUT D’ABORD, permettez-moi de saluer respectueusement avec affection et gratitude Mgr Hervé Giraud, votre évêque, qui me donne la joie de prendre part à ce grand pèlerinage et m’autorise à présider cette eucharistie. Je voudrai lui dire un grand merci à lui et à son clergé, pour cet acte de communion. En même temps que je célèbrerai cette eucharistie aux intentions des routiers Scouts d’Europe et de leurs familles, je célèbre cette eucharistie pour Mgr Hervé Giraud, pour son clergé et son diocèse. Continuer la lecture de « Cardinal Robert Sarah : « Vous êtes le présent et le futur de l’Europe et de l’Église » »

Pourquoi doit-on manifester le 16 octobre ?

La Manif pour tous s’apprête à descendre à nouveau dans la rue pour défendre la famille. L’abrogation de la loi Taubira s’inscrit désormais dans un objectif plus large et plus ambitieux : protéger la vie, le mariage et les libertés fondamentales.

AU LENDEMAIN du vote de la loi du 17 mai 2013 « ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe », dite loi Taubira, le débat s’est porté sur les perspectives d’abrogation du texte. L’affaire est devenue pour beaucoup une question de principe, plus morale que politique. Pour les anti-abrogationnistes, qu’on laissera discuter entre eux, le problème est relativement clair : le « mariage gay » est légitime, le désaccord porte sur le lien ou non avec la filiation. Du côté des abrogationnistes, le débat est stratégique. Qu’on le veuille ou non, la question est bien politique. Une chose est d’être contre cette falsification du mariage, autre chose est d’obtenir son abrogation. Continuer la lecture de « Pourquoi doit-on manifester le 16 octobre ? »

Ecologie humaine : le temps de la reconstruction

À propos de Tugdual Derville, Le Temps de l’homme (Plon, 2016).

EN 1951, Romano Guardini s’interrogeait sur la croissance irrésistible de la puissance technique de l’homme contemporain. Pour le philosophe, « la tâche centrale de notre époque sera d’ordonner sa puissance de telle sorte que l’homme soit capable de subsister en tant qu’homme. Il sera placé devant cette option : devenir aussi fort en son humanité que sa puissance est grande ou bien lui être livré et succomber » (La Puissance, essai sur le règne de l’homme, Seuil). Soixante-cinq ans plus tard, Tugdual Derville reprend l’interrogation dans les mêmes termes : l’autodestruction de l’homme par l’homme n’est pas réductible à un quelconque péril nucléaire, c’est l’homme dans son identité qui est directement menacé. Continuer la lecture de « Ecologie humaine : le temps de la reconstruction »