Justice et vérité : ces généraux qui dérangent

L’hommage contrarié de la République aux grands chefs militaires de la Grande Guerre fait encore des remous. Comment l’expliquer ?

AINSI DONC, la vérité historique et l’hommage républicain ne sont pas compatibles, dixit le porte-parole du gouvernement. Selon Benjamin Griveaux, dans les propos du président de la République concernant le maréchal Pétain, « il n’était nullement question d’hommage républicain, mais de vérité historique ». Autrement dit, la République n’est pas soumise à la vérité pour honorer qui elle veut : la vérité ne peut s’assumer que si elle est politiquement conforme. Emmanuel Macron avait pourtant raison de dire que Philippe Pétain fut un « grand soldat ». Cela eût été à l’honneur de la République d’assumer officiellement cet hommage à l’Histoire et à la vérité, quoique la République eût à juger du chef de l’État Philippe Pétain.

L’instrumentalisation de l’histoire

Mais cette distance à l’égard de la vérité dit autre chose : la classe politique française se reconnaît moins dans la res publica que dans un système politique partisan. Elle honore moins la justice, la vérité et les valeurs morales dans leur objectivité et leur faiblesse, car elles ne sont jamais absolues, que dans des options politiquement acceptables. Ce devrait pourtant être la sagesse du politique de reconnaître en chaque homme sa noblesse et son imperfection, et en chaque histoire la part du tragique. L’humilité de l’homme face à l’homme est décidément une bataille difficile. La politique et l’éthique modernes se satisfont plutôt dans des modèles théoriques, le camp du bien contre le camp du mal, que dans l’exercice difficile de la vertu, toujours à reconquérir. D’où cette lecture instrumentale de l’histoire, son manque de nuance et de justice.

Ainsi, il est tout de même remarquable que deux des plus grands soldats de la guerre 1914-1918, Philippe Pétain et Édouard de Castelnau, aient été les généraux les plus économes du sang de leurs hommes, et les deux généraux les plus mal considérés par les autorités de l’État, hier et aujourd’hui. Pour Pétain et Castelnau, la doctrine de l’offensive à outrance, du genre 100.000 hommes au tapis pour gagner 25 kilomètres de front sur 3 km en profondeur, était une aberration.

Un général trop catholique

Castelnau, le vainqueur de la bataille du Grand Couronné qui décida du sort de la guerre à son début, et qui nomma Pétain à Verdun, ne reçut pas le bâton de maréchal, au motif qu’il était trop catholique. Pétain, on sait ce qu’il en fût.

On sait moins que les deux généraux, fin 1918, regrettèrent et le firent savoir, que l’armistice fut mal négocié, permettant à l’Allemagne de refaire ses forces, tout en l’humiliant par la suite. L’attaque des forces allemandes par le sud, en Lorraine, préparée par Castelnau, aurait sûrement modifié la donne, et peut-être épargné une nouvelle guerre vingt ans plus tard. C’est la carte inversée que tenta de jouer Pétain en 1940, en conduisant les Allemands à stopper leur offensive à mi-parcours : une France solide dans sa tête n’aurait pas laissé le poison de la division partisane pourrir l’occasion de retourner la situation avec plusieurs fers au feu. Militairement, il n’y avait sans doute pas d’autres options ; politiquement, le vainqueur de Verdun n’avait pas la main. Vae victis.

Castelnau, lui, mourut en 1944 à l’âge de 91 ans, non sans avoir soutenu la Résistance. La Res publica s’honorerait à donner le bâton de maréchal à titre posthume à ce général catholique qui sauva la France en épargnant tant qu’il pût le sang de ses hommes.

Publié par Aleteia.

L’Église et le droit de grève : un recours légitime, mais extrême

Faire pression en cessant de travailler ne peut jamais se justifier sans raisons graves. Revendiquer des droits dans les limites du bien commun, oui ; protéger des privilèges en prenant d’autres travailleurs en otage, non.

QUE DIT L’ÉGLISE DU DROIT DE GRÈVE ? Celui-ci est légitime s’il est « proportionné », après que toutes les possibilités d’éviter le conflit ont été tentées. Il faut surtout que la grève poursuive — pacifiquement — des objectifs liés aux seules conditions de travail relevant de la justice sociale et qu’ils ne soient pas contraires au bien commun. Dans son l’encyclique sociale Laborem exercens (LE), Jean Paul II précise que « les requêtes syndicales ne peuvent pas se transformer en une sorte d’“égoïsme” de groupe ou de classe » (LE, 20). Continuer la lecture de « L’Église et le droit de grève : un recours légitime, mais extrême »

Macron aux Bernardins et les vertiges du dialogue

Pour rendre service à la politique, l’Église doit se poser comme un interlocuteur lucide sur les manipulations de l’éthique de la discussion.

DEUX EVENEMENTS vont se télescoper aujourd’hui dans le monde catholique, en cette solennité de l’Annonciation — qui est aussi la fête de l’Incarnation : la publication de l’exhortation apostolique Gaudete et exsultate et en France, la rencontre entre le président Macron et le « monde catholique » au collège des Bernardins. Continuer la lecture de « Macron aux Bernardins et les vertiges du dialogue »

La crèche du maire qui ne lâche rien

Au cœur de la Bourgogne, une petite crèche venue de Palestine fait de la résistance.

LE MAIRE de Paray-le-Monial expose dans le hall de sa mairie une crèche en nacre offerte par le maire d’une commune de Palestine, avec laquelle sa ville est jumelée : Bethléem. Dans un contexte de laïcité chatouilleuse, le jumelage culturel entre les deux petites villes devrait pouvoir gommer les susceptibilités idéologiques. Mais l’initiative a un précédent douloureux. Continuer la lecture de « La crèche du maire qui ne lâche rien »

Le rôle social des cathédrales

En rendant l’entrée des cathédrales payantes, l’État violerait la liberté religieuse de l’Église dont le message ne peut s’exprimer que dans la gratuité.

CHARGÉ par le président de la République d’une mission sur le patrimoine, l’animateur Stéphane Bern a émis la suggestion de rendre payante l’entrée des cathédrales pour assurer leur entretien. L’idée n’est pas nouvelle. En 2014, la proposition avait circulé lors d’une réunion entre le ministre de la Culture et le Centre des monuments nationaux pour faire face au gouffre que représente la charge des 77 cathédrales de France. Relancée par Stéphane Bern, la proposition a suscité un tollé, notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant le présentateur de « Secrets d’histoire » n’avait pas l’intention de faire payer les fidèles, mais les seuls touristes, comme il l’a précisé. Continuer la lecture de « Le rôle social des cathédrales »

Croix de Ploërmel : « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement »

Le Conseil d’État juge contraire à la loi du 9 décembre 1905 l’installation d’une croix en surplomb d’une statue du pape Jean-Paul II érigée sur une place de la commune de Ploërmel (Morbihan). Auteur d’un manuel universitaire sur la laïcité qui vient de paraître, Droit des cultes et de la laïcité (éd. Gualino), le professeur Ramu de Bellescize répond à mes questions dans Aleteia sur la décision du Conseil d’État. « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement. »

Le 30 avril 2015, la justice a enjoint le maire de Ploërmel de faire procéder au retrait de la statue de Jean Paul II installée dans sa ville. Puis, la cour administrative d’appel de Nantes a annulé le jugement. Finalement, le Conseil d’État prononce un jugement de Salomon : oui à la statue du pape, non à la croix. Pourquoi la loi de 1905 est-elle aussi difficile à suivre ?

Ramu de Bellescize. — En démocratie, la liberté religieuse n’est pas conçue comme le droit de faire, mais le pouvoir de faire. L’état du droit à l’égard des cultes ne se fonde qu’en partie sur cette idée. Car il existe un autre principe, tout aussi important : la laïcité. Celle-ci n’interdit pas le culte, mais en limite l’exercice. L’article 2 de la loi de 1905 est explicite : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » De la rencontre entre ces deux principes, il ressort que la reconnaissance publique de certaines activités ou de certains biens liés aux cultes sont « plus ou moins permis ». Continuer la lecture de « Croix de Ploërmel : « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement » »

Emmanuel Macron ou le droit du plus fort

Dans cette tribune publiée par Famille chrétienne, réflexion sur le double langage macronien : dans la jungle apaisée du « premier de cordée », la vie est sacrée à condition d’en disposer si la collectivité le désire. Il suffit d’en débattre.

PROMESSE TENUE, les députés ont voté la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). La mesure, qui vise à réorienter l’épargne vers le financement des entreprises, est diversement appréciée, notamment par les familles qui se constituent un patrimoine immobilier transmissible. Continuer la lecture de « Emmanuel Macron ou le droit du plus fort »

Hommage à Christine Boutin

Après quarante années de vie politique, l’élue des Yvelines démissionne de son dernier mandat. Son rôle dans la défense de la vie humaine ne fit pas toujours l’unanimité mais restera un exemple.

CHRISTINE BOUTIN quitte la vie politique. Je veux lui témoigner ma reconnaissance. Elle fut longtemps seule à porter dans le monde politique la voix des sans-voix, menacés dans le sein de leur mère au nom de la loi. Sa voix relevait vraiment de l’indignation prophétique face à la montée de la culture de mort. Seule contre tous. Continuer la lecture de « Hommage à Christine Boutin »

Sens Commun et la peste partisane

Et si l’on s’interrogeait sur Sens Commun en dehors de la logique de parti ? C’est-à-dire en dehors de cette idéologie réductrice du politique d’abord, considérant que le salut de la France passe avant tout par la conquête du pouvoir ?

CE RAISONNEMENT naïf est très Moderne, au sens des Lumières : croire qu’une société se change par le haut, par les structures (les institutions et les lois), donc les partis. Toute stratégie pertinente ne se pense plus qu’en termes de Meccano partisan : quand la machine à perdre est enclenchée, il suffit de modifier les rapports de force entre les partis, « recomposer » la mécanique pour décrocher à nouveau la timbale. Continuer la lecture de « Sens Commun et la peste partisane »

PMA : le trouble des Français

L’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires a suscité une opposition inattendue, notamment à gauche. En attendant, les sondages révèlent comment l’opinion peut être manipulée : les Français achètent l’égalité pour tous, mais ne veulent pas d’enfants fabriqués sans père.

MARLENE SCHIAPPA, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé que l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes serait proposée dans le cadre de la révision de la loi bioéthique en 2018. Cette annonce a relancé un débat sensible sur le droit à l’enfant et à terme sa marchandisation, la gestation pour autrui (GPA) étant le prolongement logique de la PMA. Si au nom de « l’égalité » toutes les femmes ont la possibilité d’avoir un enfant, pourquoi « tous les hommes » n’y auraient pas droit eux aussi ? Continuer la lecture de « PMA : le trouble des Français »