Message du pape pour la Journée du migrant et du réfugié : quelques clés de lecture

Mon interview dans Il est vivant sur le message du pape pour la Journée du migrant et du réfugié. « La sécurité d’une nation ne peut se faire sur le dos des plus faibles, nationaux en situation précaire ou migrants, d’où qu’ils viennent. »

Il est vivant. — Dans son message pour la journée mondiale du migrant et du réfugié 2018, rendu public le 21 août, le pape François a écrit : « Le principe de centralité de la personne humaine nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale. » Dans un contexte de grande insécurité en Europe, cette phrase n’a pas toujours été bien accueillie. Qu’a-t-il voulu dire ?

Philippe de Saint-Germain. — Dans ce passage, il est évident que François n’a pas voulu opposer la sécurité des nationaux à celle des migrants. Il ne prétend pas non plus que les États doivent sacrifier leur sécurité à l’accueil des étrangers. La sécurité d’une nation ne peut se faire sur le dos de la sécurité des plus faibles, quels qu’ils soient : nationaux en situation précaire, migrants d’où qu’ils viennent, malades en fin de vie ou fœtus dans le ventre de leur mère. Sur tous ces points, la doctrine de l’Église est cohérente et ne peut varier. De même et c’est du bon sens, la sécurité des plus faibles ne peut se faire sur le désordre, l’anarchie et l’ébranlement de l’identité nationale. Continuer la lecture de « Message du pape pour la Journée du migrant et du réfugié : quelques clés de lecture »

Fr. Olivier-Thomas Venard :
« Le salut apporté par Jésus
n’est d’aucun parti »

Le soir du 24 décembre, France 2 a tenté en quelques minutes une fresque « politique » de la vie de Jésus. « De quel parti était le Messie ? » Interrogé par la chaîne française, le frère Olivier-Thomas Venard, professeur de Nouveau Testament et vice-directeur de l’École biblique de Jérusalem, a recadré le sujet. « Jésus ne fait pas de politique mais il est le seul à faire de la politique. » Mon interview du dominicain, pour Aleteia.

Aleteia. —Jésus était-il un révolutionnaire ? Un agitateur ?

Fr. Olivier-Thomas Venard. — Si un révolutionnaire est quelqu’un qui use de violence, non, ce ne fut pas le cas de Jésus, à la différence d’autres Judéens ou Galiléens de son époque ou des « zélotes » qui luttèrent contre l’occupation romaine, dans la génération qui le suivit. Cependant, le fait est que Jésus fut mis à mort comme un agitateur, avec sur son poteau d’exécution ce panneau d’accusation si énigmatique : « INRI — Jésus de Nazareth roi des Juifs. » Pour les Romains en charge du maintien de l’ordre en Judée, en même temps que d’une moquerie anti-juive, il s’agit clairement un motif politique. Et de fait, à sa manière, Jésus renverse l’ordre établi et peut être décrit comme révolutionnaire. Continuer la lecture de « Fr. Olivier-Thomas Venard :
« Le salut apporté par Jésus
n’est d’aucun parti » »

Pape François : « Il nous faut réhabiliter la dignité de la politique »

Le pape dit sa déception face à « l’insignifiance » des catholiques en politique en Amérique latine, faute de « cohérence » mais aussi de soutien des pasteurs, enfermés dans leur « cléricalisme ».

Dans un message vidéo adressé à des laïcs exerçant des responsabilités politiques réunis en congrès à Bogota (Colombie), le pape François a encouragé les catholiques à assumer pleinement leurs engagements. Dans son style habituel, direct et concret mais sans concession, il les invite à sortir des sacristies pour servir le bien commun. Leur mission ? Rétablir la dignité de la politique, en donnant l’exemple de la patience et de la compétence. Voici ma traduction du texte intégral de son intervention, publiée par « Aleteia« .

« DEPUIS LE PAPE PIE XII jusqu’à aujourd’hui, les papes successifs ont toujours fait référence à la politique comme “la plus haute forme de charité”. La formule pourrait également se traduire comme le service inestimable du dévouement au bien commun de la société. Continuer la lecture de « Pape François : « Il nous faut réhabiliter la dignité de la politique » »

Le père Xavier Lefebvre présente le Parcours « La responsabilité politique de la foi »

Un parcours de formation politique inspiré par l’enseignement social des trois derniers papes : telle est l’initiative originale lancée par l’Espace Georges-Bernanos, à Paris, avec le concours de Conscientia. À l’origine du projet, le père Xavier Lefebvre présente son objectif à Aleteia : « Approfondir les clés du discernement politique à travers l’analyse des grandes questions de société ».

ALETEIA : L’Espace Georges-Bernanos inaugure cette année un parcours de formation politique. Pourquoi cette initiative ?

Père Xavier Lefebvre : La politique n’est pas un domaine réservé aux spécialistes, ou seulement un « débat intéressant », encore moins l’art de la bonne répartie dans la bataille du pouvoir… Si l’homme est par nature un « être social », nos actes les plus humbles ont tous une dimension à l’échelle de la communauté humaine que nous formons, la polis. D’où la responsabilité de chacun à l’égard du bien commun en tant que personne. La politique est d’abord une vision de la personne : c’est pour cela que nous proposons une formation en « anthropologie » politique, telle que l’Église l’enseigne. Continuer la lecture de « Le père Xavier Lefebvre présente le Parcours « La responsabilité politique de la foi » »

Paris, Espace Bernanos : Parcours 2017-2018 « La responsabilité politique de la foi »

Ce parcours proposé par l’Espace Bernanos a pour but d’aider à découvrir et à approfondir les clés du discernement politique et le sens de l’engagement chrétien dans la Cité. Ouvert à tous, il s’articule autour de huit soirées dans l’année, de 19h à 21h. Première conférence le mardi 3 octobre avec le philosophe Thibaud Collin.

CHAQUE CHRETIEN exerce d’une manière souvent très personnelle sa responsabilité dans la vie de la cité. Il doit faire des choix, prendre des décisions. Le discernement est pour lui difficile, a fortiori dans un contexte où l’indifférence le dispute à l’hostilité. Appelé à la cohérence, il se heurte à la liberté humaine et à la contingence des faits. Dès lors, que faire ? Et comment le faire ? Car si la différence chrétienne est tenue pour minoritaire, sa voix devient de plus en plus une condition de la liberté. « Nul ne peut rester à ne rien faire », disait Jean Paul II, et le pape François : « Chargeons-nous de la réalité qui nous incombe, commençons par en bas, faisons-le meilleur bien possible. » Continuer la lecture de « Paris, Espace Bernanos : Parcours 2017-2018 « La responsabilité politique de la foi » »

Le pape et les migrants : de quoi se mêle l’Église ?

Le récent Message du pape pour la Journée du migrant et du réfugié 2018, publié le 21 août, a provoqué un débat violent dans le monde catholique sur lequel il faut s’interroger. Tout débat dans l’Église est légitime, a fortiori sur les questions qui touchent l’organisation politique du monde, mais si le débat devient politique au sens où il déchaîne les passions, il est raisonnable de se demander s’il demeure bien catholique.

QUAND LE PAPE aborde une question sociale sensible comme les phénomènes migratoires, il touche à l’articulation des pouvoirs entre les autorités spirituelles et temporelles. Cette articulation est un lieu de tension, vieux comme le monde. On pourrait raconter l’histoire de l’humanité uniquement sous cet angle : de tous temps, la sacralisation du pouvoir est une tentation (la loi qui décide de la morale), tout comme la politisation du religieux (la foi qui décide de la loi). Au sein même de l’Église, cette tension se retrouve à chacune de ses interventions publiques sur les questions de société. Chaque baptisé responsable se sent d’autant plus concerné que « l’animation chrétienne de l’ordre temporel » relève de sa responsabilité propre (cf. Christifideles laici, 36). Continuer la lecture de « Le pape et les migrants : de quoi se mêle l’Église ? »

Le pape François, signe de contradiction

Pour comprendre la dimension prophétique du pape François, y compris dans ses faiblesses humaines, il faut le situer dans sa vocation propre. L’incendie dévore des pans entiers de l’humanité. On ne peut plus vivre comme avant. Les forces du mal sont déchaînées.

LE PAPE est très critiqué. Ses positions paraissent parfois utopiques, iréniques sur tout ce qui aborde le politique. Son dernier message du 15 août pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié est sur un plan spirituel et personnel juste mais sur un plan collectif dépourvu de sagesse politique. Il est vrai qu’il aborde le sujet de façon très horizontale et passe sous silence la menace considérable que représente l’islam pour notre continent — même s’il s’adresse au monde entier. Or cette question ne peut être évacuée pour nos nations européennes. Continuer la lecture de « Le pape François, signe de contradiction »

Le pape et l’immigration : à chacun ses responsabilités

Pourquoi les propos du pape sur le phénomène migratoire sont toujours compris de travers. La responsabilité de l’Église ne se substitue pas à celle des États.

LE GAGNANT de la petite phrase provocation de l’été est à nouveau le pape François. Mais la provocation est moins dans ses propos, constants dans leur appel à l’accueil généreux des migrants, que dans l’indignation qu’elle suscite sur la foi d’une erreur tout aussi constante sur la nature de son autorité. Continuer la lecture de « Le pape et l’immigration : à chacun ses responsabilités »

Bergoglio : « Dans les difficultés politiques, revenir au meilleur possible »

Citation | Après des échecs politiques répétés, la tentation est grande de s’enfermer dans la surenchère idéologique et le radicalisme partisan. Hors de moi et de mes idées, point de salut. Cet orgueil désespéré confond le service du bien commun et la conquête du pouvoir, ce ne peut être une attitude chrétienne explique le cardinal Bergoglio. La véritable politique commence par accepter le réel tel qu’il est : « Chargeons-nous de la réalité qui nous incombe, commençons par en bas, faisons-le meilleur bien possible. »

« NOUS NE DEVONS PAS TOUT ATTENDRE de ceux qui nous gouvernent : cela serait infantile. […] Quand les violents se marginalisent d’eux-mêmes, quand les diffuseurs de confusion et de mensonges, ceux qui nourrissent une ambition strictement individuelle, continuent à envisager l’action politique pour ses seuls jeux de pouvoirs, nous, nous nous mettons au service du meilleur possible pour tous. Continuer la lecture de « Bergoglio : « Dans les difficultés politiques, revenir au meilleur possible » »

Béatitudes de l’homme politique

Ces « Béatitudes de l’homme politique » sont l’oeuvre du cardinal François-Xavier Van Thuân, un saint homme de Dieu qui a connu les prisons communistes. Le texte m’a été remis par Mgr Giampaolo Crepaldi, alors secrétaire du Conseil Justice et Paix et ancien collaborateur du cardinal.

ÉVEQUE de Nha Trang, archevêque coadjuteur de Saigon, de famille princière, François-Xavier Nguyen Van Thuân fut détenu treize années dans les prisons communistes du Vietnam avant d’être exilé à Rome. Nommé président du Conseil pontifical Justice et Paix par Jean Paul II, il est mort en 2002. Le pape François vient d’autoriser la reconnaissance de ses vertus héroïques, ouvrant la voie à une possible béatification. Continuer la lecture de « Béatitudes de l’homme politique »