Décadence et conversion : le moment catholique

À propos de Jean-Luc Marion et de sa Brève apologie pour un moment catholique (Grasset). Comment la sortie de la décadence française est entre les mains des catholiques.

CE N’EST PAS DE CRISE qu’il faut qualifier le marasme où s’enlise la société française mais de décadence, dit Jean-Luc Marion. Car tel est le nom d’une crise qui, par manque de résolution, de volonté donc, ne trouve pas de solution. Or en analysant les termes de cette décadence, il apparaît que la clé de la décision de « sortie de crise » est entre les mains des catholiques. Et quels sont donc ces termes ? Continuer la lecture de « Décadence et conversion : le moment catholique »

Le rôle social des cathédrales

En rendant l’entrée des cathédrales payantes, l’État violerait la liberté religieuse de l’Église dont le message ne peut s’exprimer que dans la gratuité.

CHARGÉ par le président de la République d’une mission sur le patrimoine, l’animateur Stéphane Bern a émis la suggestion de rendre payante l’entrée des cathédrales pour assurer leur entretien. L’idée n’est pas nouvelle. En 2014, la proposition avait circulé lors d’une réunion entre le ministre de la Culture et le Centre des monuments nationaux pour faire face au gouffre que représente la charge des 77 cathédrales de France. Relancée par Stéphane Bern, la proposition a suscité un tollé, notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant le présentateur de « Secrets d’histoire » n’avait pas l’intention de faire payer les fidèles, mais les seuls touristes, comme il l’a précisé. Continuer la lecture de « Le rôle social des cathédrales »

Blaise Pascal aux officiers, de la gloire et de la guerre

Sachant que l’âme de Blaise Pascal errait aux alentours de Port-Royal au moment de la Toussaint… et du 11 novembre, la Gloire la pria de lui accorder un entretien. Elle vient d’envoyer les minutes de cette conversation à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Message aux élèves officiers.

LA GLOIRE : Je vous couronnais jadis, vous trouvant grand philosophe…

BLAISE PASCAL : Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher.

La Gloire : Ces mots ravissent mon esprit militaire et seraient très appréciés par mes soldats. Pensez-vous qu’ils soient les grands incompris de ce siècle ?

Blaise Pascal : En parlant des soldats, ils sont bien fous, dit‑on. Et les autres au contraire : il n’y a rien de grand que la guerre, le reste des hommes sont des coquins. Continuer la lecture de « Blaise Pascal aux officiers, de la gloire et de la guerre »

François, l’héritier de Benoît XVI ?

Benoît XVI avait-il pressenti qui serait son successeur ? Il savait en tout cas que l’avenir de l’Église dépendait pour une grande part du cardinal Bergoglio, et il a tout fait pour l’aider. Une révélation, sous forme d’hypothèse très étayée, à découvrir dans la biographie de François le réformateur par Austen Ivereigh (Ed. de l’Emmanuel) dont j’ai donné une longue présentation dans Aleteia, et dont voici une synthèse centrée sur sa proximité avec Benoît XVI, parue sur le site de l’OSP du diocèse de Fréjus-Toulon.

POUR SAISIR LE SENS DU PONTIFICAT du pape François, il faut se placer dans le temps long, c’est-à-dire à la lumière de sa vie de prêtre, d’évêque et de cardinal dans l’histoire de son pays et de l’Église elle-même. C’est le défi qu’a relevé avec efficacité l’auteur Austen Ivereigh dans la biographie, François le réformateur – De Buenos Aires à Rome, un travail qui fera référence par son sérieux et sa hauteur de vue. Journaliste anglais, fondateur du projet CathoVoice, Ivereigh a soutenu une thèse sur les relations entre l’Église et la politique en Argentine : il connaît donc parfaitement son sujet. Son enquête est précise et documentée et ses cinq cent pages se lisent comme un roman. Continuer la lecture de « François, l’héritier de Benoît XVI ? »

Un évêque ne démissionne pas,
il « renonce »

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a fêté ce mardi 7 novembre son 75e anniversaire. Selon le droit canonique, il a remis au pape sa « démission ». La formule exacte est « renonciation ».

UN EVEQUE (ou un archevêque) ne démissionne pas de sa fonction, il « renonce » à son « office ». Selon le canon 401, « l’évêque diocésain qui a atteint soixante-quinze ans accomplis est prié de présenter la renonciation à son office au pontife suprême qui y pourvoira après examen de toutes les circonstances ».

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il « renonce » »

Congrès « Mission » : de 1992 à 2017, le même désir d’innovation et de fidélité

À l’occasion de l’édition 2017 du congrès Mission, Claire Kesraoui m’a interrogé pour France catholique sur le lointain congrès Mission de 1992 et les points communs entre les deux initiatives. Innovation et fidélité dans l’unité : les temps changent, l’Église ne vieillit jamais.

DEPUIS 2015, le congrès Mission organisé par les équipes de Raphaël Cornu-Thénard (Anuncio), Samuel Pruvot (Aïn Karem), Florence de Leyritz (Cours Alpha) et Arnaud Bouthéon, en partenariat avec la Communauté de l’Emmanuel, réunit chaque année les chrétiens qui se sentent appelés au réveil missionnaire de l’Église de France. Le temps d’un week-end à l’automne, les participants réfléchissent ensemble aux moyens concrets de proposer la foi dans les familles, au travail, sur l’Internet, dans l’espace public.

France catholique. — Avant le premier congrès Mission en 1992, il y eut le congrès des « Apôtres pour l’an 2000 » à Versailles en 1988 : comment sont nées ces initiatives ?

L’intuition d’origine était de montrer aux jeunes catholiques que la « nouvelle évangélisation » à laquelle les appelait Jean Paul II n’était pas la mer à boire, mais consistait d’abord à vivre en chrétien à travers son devoir d’état, sans complexe, quel que soit son état de vie. La méthode était celle du témoignage : réunir tous les visages de l’Église de France, à travers la réalité de ses fidèles et de leur vie, pas nécessairement connue, et leur extrême diversité. Montrer que derrière cette diversité – jeunes et moins jeunes, laïcs et religieux, artisans et intellectuels, bien portants et malades, contemplatifs et apostoliques, charismatiques et traditionnalistes, c’était la même radicalité évangélique qui était vécue.  Continuer la lecture de « Congrès « Mission » : de 1992 à 2017, le même désir d’innovation et de fidélité »

Croix de Ploërmel : « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement »

Le Conseil d’État juge contraire à la loi du 9 décembre 1905 l’installation d’une croix en surplomb d’une statue du pape Jean-Paul II érigée sur une place de la commune de Ploërmel (Morbihan). Auteur d’un manuel universitaire sur la laïcité qui vient de paraître, Droit des cultes et de la laïcité (éd. Gualino), le professeur Ramu de Bellescize répond à mes questions dans Aleteia sur la décision du Conseil d’État. « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement. »

Le 30 avril 2015, la justice a enjoint le maire de Ploërmel de faire procéder au retrait de la statue de Jean Paul II installée dans sa ville. Puis, la cour administrative d’appel de Nantes a annulé le jugement. Finalement, le Conseil d’État prononce un jugement de Salomon : oui à la statue du pape, non à la croix. Pourquoi la loi de 1905 est-elle aussi difficile à suivre ?

Ramu de Bellescize. — En démocratie, la liberté religieuse n’est pas conçue comme le droit de faire, mais le pouvoir de faire. L’état du droit à l’égard des cultes ne se fonde qu’en partie sur cette idée. Car il existe un autre principe, tout aussi important : la laïcité. Celle-ci n’interdit pas le culte, mais en limite l’exercice. L’article 2 de la loi de 1905 est explicite : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » De la rencontre entre ces deux principes, il ressort que la reconnaissance publique de certaines activités ou de certains biens liés aux cultes sont « plus ou moins permis ». Continuer la lecture de « Croix de Ploërmel : « La laïcité ne peut s’exercer sans discernement » »

Roland Hureaux : « La provocation indépendantiste de la Catalogne condamne l’Europe des régions »

Mon interview dans Aleteia de Roland Hureaux, ancien haut fonctionnaire et diplomate, sur les origines de la crise politique en Catalogne et ses conséquences en Europe.

La tentative de coup de force séparatiste de la part de la Generalitat de Catalunya, a révélé une crise du modèle fédéral du royaume d’Espagne. Pourtant ce modèle paraissait équilibré, comme une bonne illustration du principe de subsidiarité. Cette crise était-elle prévisible ?

Roland Hureaux. — Je ne crois pas que ce que vous appelez le modèle fédéral espagnol ait jamais atteint son point d’équilibre. Il ne résulte nullement de l’application du principe de subsidiarité, mais du contexte particulier de l’Espagne. Certaines régions espagnoles comme la Catalogne ou le Pays basque sont caractérisées depuis longtemps par un particularisme, dû notamment à l’existence d’une langue propre. Continuer la lecture de « Roland Hureaux : « La provocation indépendantiste de la Catalogne condamne l’Europe des régions » »

Emmanuel Macron ou le droit du plus fort

Dans cette tribune publiée par Famille chrétienne, réflexion sur le double langage macronien : dans la jungle apaisée du « premier de cordée », la vie est sacrée à condition d’en disposer si la collectivité le désire. Il suffit d’en débattre.

PROMESSE TENUE, les députés ont voté la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). La mesure, qui vise à réorienter l’épargne vers le financement des entreprises, est diversement appréciée, notamment par les familles qui se constituent un patrimoine immobilier transmissible. Continuer la lecture de « Emmanuel Macron ou le droit du plus fort »

Jean Sévillia : « L’Autriche va changer la donne en Europe »

AU COEUR DE L’EUROPE, l’Autriche redonne le pouvoir aux conservateurs. Peu de réels changements en perspective, mais une inflexion régionale certaine qui pèsera sur la politique de l’Union européenne. Mon interview parue sur Aleteia de l’historien Jean Sévillia, spécialiste de l’Autriche et biographe du Dernier Empereur (Perrin).

Le futur chancelier, le très jeune Sebastian Kurz (31 ans), annonce l’ouverture de négociations avec le FPÖ, classé à l’extrême-droite selon les standards médiatiques, pour constituer le nouveau gouvernement. Cela provoque l’indignation dans les capitales européennes. Faut-il s’attendre à un bouleversement politique régional ?

Jean Sévillia. — Les Autrichiens n’ont pas une approche idéologique de la politique comme  les Français qui projettent volontiers leurs schémas hexagonaux sur une réalité totalement différente. À Vienne, les coalitions gouvernementales se négocient sur des programmes, de manière purement pragmatique, aussi bien entre conservateurs et sociaux-démocrates qu’entre sociaux-démocrates et populistes de droite. Kurz ne fait que proposer la reconduction de l’alliance conservateurs-nationaux populistes qui a gouverné l’Autriche entre 2000 et 2007. À l’époque, cette alliance avait soulevé un tollé en Europe. Jacques Chirac avait appelé à des sanctions européennes… qui ont été levées après six mois quand il a bien fallu s’apercevoir que l’Autriche restait un État de droit où les institutions démocratiques continuaient de fonctionner ! Continuer la lecture de « Jean Sévillia : « L’Autriche va changer la donne en Europe » »