« Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel

A propos d’Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Cerf). En cognant sur les “croisés du monde blanc” qui instrumentalisent le message chrétien à des fins politiques, Erwan Le Morhedec prend le risque de jeter le bébé de la culture chrétienne avec l’eau du bain identitaire, alors qu’il cherche surtout à montrer la nécessité de la cohérence dans l’engagement politique des catholiques.

L’IDENTITAIRE, au sens où il est compris dans le livre de l’avocat blogueur Erwan Le Morhedec, désigne deux sortes de catholiques : celui qui s’identifie au catholicisme pour des raisons essentiellement culturelles et celui qui associe sa foi à ses devoirs d’appartenance temporelle, en particulier nationale.

Cette identification pose problème dès lors que l’identité catholique se dissout dans un déterminisme politique. L’auteur distingue bien identité et identitarisme : « L’identitarisme n’est pas le goût ou la conscience de l’identité, c’est le rejet de l’altérité. » Cette perversion de l’attachement à l’identité érigée en principe, voilà qui est dangereux, explique Le Morhedec. Continuer la lecture de « « Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel »

Ecologie : des papes antimodernes

A propos de Thomas Michelet op, Les Papes et l’Ecologie (Artège).

POUR DECOUVRIR la pensée de l’Église sur l’écologie, ce livre du dominicain Thomas Michelet fera référence. Depuis cinquante ans, les papes parlent d’écologie. En 1970, Paul VI craint déjà une « catastrophe écologique », et l’inventeur de « l’écologie humaine » est assurément saint Jean Paul II, même si le peuple de Dieu est écologique depuis… la Genèse. Le Fr. Thomas Michelet a choisi comme ouverture de son recueil la constitution Gaudium et Spes de Vatican II, qui n’est pas un texte pontifical au sens strict, mais bien un « point de départ » prophétique, selon le mot du cardinal Turkson, de la réflexion contemporaine de l’Église sur l’écologie. Continuer la lecture de « Ecologie : des papes antimodernes »

Ecologie humaine : le temps de la reconstruction

À propos de Tugdual Derville, Le Temps de l’homme (Plon, 2016).

EN 1951, Romano Guardini s’interrogeait sur la croissance irrésistible de la puissance technique de l’homme contemporain. Pour le philosophe, « la tâche centrale de notre époque sera d’ordonner sa puissance de telle sorte que l’homme soit capable de subsister en tant qu’homme. Il sera placé devant cette option : devenir aussi fort en son humanité que sa puissance est grande ou bien lui être livré et succomber » (La Puissance, essai sur le règne de l’homme, Seuil). Soixante-cinq ans plus tard, Tugdual Derville reprend l’interrogation dans les mêmes termes : l’autodestruction de l’homme par l’homme n’est pas réductible à un quelconque péril nucléaire, c’est l’homme dans son identité qui est directement menacé. Continuer la lecture de « Ecologie humaine : le temps de la reconstruction »

Refonder la politique sur la culture

A propos de Charles Beigbeder et Benoît Dumoulin, Charnellement de France (P.-G. de Roux).

COMME IL EST RAFRAICHISSANT de lire un homme politique qui parle de la France comme une réalité charnelle, une personne, une histoire, un patrimoine, et non comme une « idée ». Il est vrai que Charles Beigbeder est d’abord un chef d’entreprise, un créateur. Pour lui, la France ce n’est pas un concept et ce n’est pas l’État, même si l’État dans son acception française a joué un rôle inédit dans la constitution de l’identité nationale. Continuer la lecture de « Refonder la politique sur la culture »

Un modèle de procès politique

A propos de Jacques Trémolet de Villers, « Jeanne d’Arc, le procès de Rouen » (Belles Lettres).

LA PREMIERE VERTU du livre de Jacques Trémolet de Villers est de permettre de se réapproprier les merveilleuses mais tragiques minutes du procès de Jeanne. L’avocat s’efface d’abord derrière le saint génie de sa cliente post mortem, vivante pour l’éternité. Il intervient discrètement, comme en coulisse, au cours des cent jours de ce terrible jugement pour nous aider à prendre la mesure du drame qui se joue, la bataille entre la vérité et le mensonge, le droit et l’injustice, la liberté et la compromission, l’Église crucifiée et le péché des hommes, le Ciel et la terre… Continuer la lecture de « Un modèle de procès politique »

La France a toujours un avenir

A propos de Stéphane Buffetaut, Oui, la France a un avenir (Le Rocher).

BuffetautLa France est-elle une nation définitivement irréformable ? Ou ne peut-elle changer que dans la violence ? Non, répond Stéphane Buffetaut, les ressources vraies de la France dépassent les diagnostics les plus sombres. Oui, la France a toujours un avenir. « Les nations ne meurent pas », disait le pape Benoît XV, tandis que se massacraient les plus grandes puissances du monde en 1915. Encore faut-il saisir la substance d’une nation, et ne pas réduire sa réalité au pouvoir des oligarques, de l’administration, des partis ou de l’intelligentsia. Continuer la lecture de « La France a toujours un avenir »

La pédagogie de don Bosco

En douze mots-clés, le père Jean-Marie Petitclerc présente les grands principes de la pédagogie salésienne.

DonBoscoUn petit livre bien utile pour les éducateurs dépassés par les événements… ou pour les parents qui s’arrachent parfois les cheveux devant leurs chères têtes blondes. Le père Jean-Marie Petitclerc propose une synthèse de la sagesse éducative de don Bosco, enrichie par sa propre expérience. Deux grandes intuitions fondent la pensée pratique salésienne : la qualité de la relation adulte/jeune et une interprétation de la violence, comme expression du conflit. Continuer la lecture de « La pédagogie de don Bosco »

Pourquoi le bien commun se définit… avec prudence

Précieux travail que ce recueil d’études sur le bien commun proposé par la Société internationale de philosophie réaliste.

BCommunLe bien commun, aujourd’hui ? Un concept fourre-tout qui sert volontiers de slogan aux ambitions politiques les plus honorables, mais aussi les plus fantaisistes. L’opinion le confond avec l’« intérêt général », compris comme la somme des intérêts particuliers. Dans la société moderne, régie par le « contrat » qui régule les tensions entre les rapports de force, le bien commun devient le plus petit dénominateur commun. Or le compromis auquel il donne lieu, fait remarquer Pascal Jacob, « va logiquement se traduire par la satisfaction du plus grand nombre ou tyrannie de la majorité ». Continuer la lecture de « Pourquoi le bien commun se définit… avec prudence »

Laudato si’ : panthéisme ou écologie intégrale

Le message de l’Église aux écologistes : en face du paradigme technocratique et de la surconsommation, l’homme n’est pas un problème, mais une solution. À condition de l’accepter « intégralement ».

Le discours écologique chrétien s’inscrit dans la longue histoire du dialogue de l’Église avec l’homme dans sa relation avec la nature. Sans cet éclairage historique, on ne peut comprendre la dernière encyclique pontificale consacrée à l’écologie, au risque de s’égarer en surface. Continuer la lecture de « Laudato si’ : panthéisme ou écologie intégrale »

Le doute Sarkozy

A propos de Samuel Pruvot, Le Mystère Sarkozy, Le Rocher, avril 2016.

Sarkozy-PruvotPrivilège assurément, le pape François a accepté de recevoir Nicolas Sarkozy, le chef de l’opposition en France, ce qui protocolairement n’allait pas de soi. Comment l’expliquer ? Le livre de Samuel Pruvot donne quelques clés. Continuer la lecture de « Le doute Sarkozy »