Voter pour le meilleur possible

Ce dimanche, premier tour de l’élection présidentielle. Chaque scrutin permet de s’interroger sur le sens de son vote : pourquoi voter, comment voter ? C’est surtout l’occasion de réfléchir en tant que chrétien à sa responsabilité politique. Car l’élection est un acte politique avant tout. « Politique », pas religieux, ni même moral.

UNE TENTATION revient toujours à chaque élection chez les citoyens de conviction : voter pour le bien, ou contre le mal. Autrement dit, choisir comme si le bien et le mal dans la société dépendaient des urnes. Cette vision relève d’un moralisme inspiré par un certain relativisme démocratique : le bien et le mal ne dépendent d’aucune majorité. Continuer la lecture de « Voter pour le meilleur possible »

Vote utile ou vote de conviction ?

Pour le chrétien, l’opposition vote utile ou vote de conviction est une fausse question. Le vote utile sans conviction n’est pas moralement recevable, pas plus que le vote de conviction inutile. Voter juste, c’est choisir selon la vertu de prudence. Le vote prudent, c’est le vote utile pour ses convictions au service du bien commun.

LA CONTROVERSE entre partisans du vote utile et partisans du vote de conviction est à la mesure de la fascination exercée par le pouvoir et ses promesses. Le débat est d’autant plus vif qu’il s’exprime dans le même camp. Cette opposition est-elle pertinente ? Je ne le crois pas. Commençons par définir les termes. Continuer la lecture de « Vote utile ou vote de conviction ? »

Un chrétien peut-il voter pour le “moindre mal” ?

Comment concilier le respect de ses principes avec ses engagements dans une réalité politique hostile ? Pour le chrétien, il est légitime de voter pour un candidat imparfait, à condition de ne pas voter pour ses imperfections. Explication.

LE VOTE CHRETIEN doit-il se déterminer uniquement sur la position des candidats concernant les normes fondamentales qui constituent le socle moral de la société ? La réponse est non. Ce point de vue n’est pas soutenu par la tradition biblique et chrétienne de la responsabilité politique. Le seul critère est celui du bien commun, qui suppose la référence à ces normes intangibles, mais qui ne fonctionne pas comme un catalogue de principes. Continuer la lecture de « Un chrétien peut-il voter pour le “moindre mal” ? »

« Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel

A propos d’Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Cerf). En cognant sur les “croisés du monde blanc” qui instrumentalisent le message chrétien à des fins politiques, Erwan Le Morhedec prend le risque de jeter le bébé de la culture chrétienne avec l’eau du bain identitaire, alors qu’il cherche surtout à montrer la nécessité de la cohérence dans l’engagement politique des catholiques.

L’IDENTITAIRE, au sens où il est compris dans le livre de l’avocat blogueur Erwan Le Morhedec, désigne deux sortes de catholiques : celui qui s’identifie au catholicisme pour des raisons essentiellement culturelles et celui qui associe sa foi à ses devoirs d’appartenance temporelle, en particulier nationale.

Cette identification pose problème dès lors que l’identité catholique se dissout dans un déterminisme politique. L’auteur distingue bien identité et identitarisme : « L’identitarisme n’est pas le goût ou la conscience de l’identité, c’est le rejet de l’altérité. » Cette perversion de l’attachement à l’identité érigée en principe, voilà qui est dangereux, explique Le Morhedec. Continuer la lecture de « « Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel »

Démystifier la politique et revenir au réel : un service chrétien

L’idolâtrie du pouvoir et le refus du réel sont les deux faces d’une même irrationalité politique et morale. En libérant l’homme contemporain des mythes idéologiques qui le trompent et l’asservissent, la foi chrétienne rend la politique à la raison.

LE TEMPS DES ELECTIONS est une bonne opportunité pour s’interroger, en tant que chrétien, sur le sens donné à sa responsabilité politique personnelle. « Le premier service que rend la foi chrétienne à la politique, écrivait le cardinal Ratzinger, consiste à libérer l’homme de l’irrationalité des mythes politiques [1]. » En quoi mes réflexions, mes décisions et mes paroles contribuent à lever ces mythes, c’est-à-dire à les identifier et à s’y opposer ? Continuer la lecture de « Démystifier la politique et revenir au réel : un service chrétien »

Les évêques au pilori

Comment la police de la vertu traque le fléau de la pédophilie dans l’Eglise : du flicage malhonnête sans considération pour la vérité. Et pour les victimes.

DEPUIS AVRIL 2016, l’équipe de « Cash investigation » (France 2) enquête avec les limiers de Mediapart sur le parcours des prêtres pédophiles dans l’Église catholique. Une enquête menée avec le professionnalisme des chasseurs de nazis, prêts à tous les moyens pour traquer les salauds qui échappent à la justice. L’émission, diffusée ce mardi 21 sur France 2, a été critiquée par la Conférence des évêques de France qui dénonce les moyens malhonnêtes utilisés pour établir un procès à charge, sans réel souci de la vérité. Continuer la lecture de « Les évêques au pilori »

La subjectivité de la foi dans la Lettre aux Hébreux : fâcheuses traductions liturgiques

Une commission a été constituée au sein de la Congrégation pour le culte divin en vue de lever les blocages sur les traductions liturgiques (cf. La Croix, 19/01/17). Depuis Jean Paul II, Rome souhaite revenir à une traduction plus littérale des textes latins, mais les épiscopats locaux font de la résistance. Est-ce grave docteur ? Dans certains cas, oui. L’actualité liturgique nous montre par exemple comment la définition de la foi lue dans la Lettre aux Hébreux est interprétée de manière protestante en Allemagne. En France, ce n’est guère mieux. Une difficulté pointée par Benoît XVI dans Spe salvi que je me risque à reprendre, avec l’humilité du néophyte.

LES TRADUCTIONS des textes liturgiques (le missel) et de la Parole de Dieu donnent toujours lieu à des débats sans fin qui peuvent paraître artificiels ou secondaires. Ce n’est pas si sûr. Ce samedi 28 janvier, l’Église fêtait saint Thomas d’Aquin, le docteur angélique, et proposait comme lecture du jour le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux. Pertinente proposition, puisque saint Paul y parle de la foi, dans une formule lapidaire qui tient lieu de référence centrale pour parler de la première des vertus théologales. Par l’Apôtre, nous savons que la foi est « la substance des réalités que l’on espère ». Pourtant, ce n’est pas vraiment ainsi que la traduction liturgique en parle, au moins en français, mais pas seulement. Continuer la lecture de « La subjectivité de la foi dans la Lettre aux Hébreux : fâcheuses traductions liturgiques »

« Je suis chrétien »

« Je suis chrétien. » Il n’en faut pas plus pour déclencher une fatwa avec ce genre de propos iconoclaste chez un homme politique dans la France d’aujourd’hui. Évidemment, François Fillon, l’auteur du scandale, avait préparé son coup. Le calcul est de sa part audacieux, dans un contexte hyper laïciste. Mais en quoi est-il illégitime ?

TOUT CHRETIEN est fondé à revendiquer son droit de servir le bien commun en tant que chrétien. Mais les décisions qui peuvent être les siennes dans l’exercice de ses responsabilités, qu’il soit élu ou électeur, relèvent de son propre jugement et de sa raison. L’engagement politique du chrétien n’est pas un engagement confessionnel : il n’engage pas l’Église. Il se doit seulement d’être cohérent avec sa conscience, et en l’occurrence, puisqu’il est chrétien, avec les principes dont l’Église reconnaît qu’ils sont les fondements d’une société libre et digne de l’homme. Continuer la lecture de « « Je suis chrétien » »

Retrouver le sens du politique

À propos du document épiscopal « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Les évêques appellent à repenser le contrat social. Cette logique du contrat suffit-elle à résoudre une crise de société ? Il ne peut y avoir de juste compromis sans référence à des principes non-négociables.

cef-politiqueC’EST UN RITUEL. Avant chaque grande échéance électorale, les évêques de France invitent les catholiques à réfléchir à leur responsabilité politique. Par leur propre réflexion, ils appellent aussi les Français à prendre du recul sur l’actualité pour se poser les questions qu’ils pourraient ne pas se poser… Continuer la lecture de « Retrouver le sens du politique »

Ecologie : des papes antimodernes

A propos de Thomas Michelet op, Les Papes et l’Ecologie (Artège).

POUR DECOUVRIR la pensée de l’Église sur l’écologie, ce livre du dominicain Thomas Michelet fera référence. Depuis cinquante ans, les papes parlent d’écologie. En 1970, Paul VI craint déjà une « catastrophe écologique », et l’inventeur de « l’écologie humaine » est assurément saint Jean Paul II, même si le peuple de Dieu est écologique depuis… la Genèse. Le Fr. Thomas Michelet a choisi comme ouverture de son recueil la constitution Gaudium et Spes de Vatican II, qui n’est pas un texte pontifical au sens strict, mais bien un « point de départ » prophétique, selon le mot du cardinal Turkson, de la réflexion contemporaine de l’Église sur l’écologie. Continuer la lecture de « Ecologie : des papes antimodernes »