« Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel

A propos d’Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Cerf). En cognant sur les “croisés du monde blanc” qui instrumentalisent le message chrétien à des fins politiques, Erwan Le Morhedec prend le risque de jeter le bébé de la culture chrétienne avec l’eau du bain identitaire, alors qu’il cherche surtout à montrer la nécessité de la cohérence dans l’engagement politique des catholiques.

L’IDENTITAIRE, au sens où il est compris dans le livre de l’avocat blogueur Erwan Le Morhedec, désigne deux sortes de catholiques : celui qui s’identifie au catholicisme pour des raisons essentiellement culturelles et celui qui associe sa foi à ses devoirs d’appartenance temporelle, en particulier nationale.

Cette identification pose problème dès lors que l’identité catholique se dissout dans un déterminisme politique. L’auteur distingue bien identité et identitarisme : « L’identitarisme n’est pas le goût ou la conscience de l’identité, c’est le rejet de l’altérité. » Cette perversion de l’attachement à l’identité érigée en principe, voilà qui est dangereux, explique Le Morhedec. Continuer la lecture de « « Identitaire » : grandeur et servitude du christianisme culturel »

Démystifier la politique et revenir au réel : un service chrétien

L’idolâtrie du pouvoir et le refus du réel sont les deux faces d’une même irrationalité politique et morale. En libérant l’homme contemporain des mythes idéologiques qui le trompent et l’asservissent, la foi chrétienne rend la politique à la raison.

LE TEMPS DES ELECTIONS est une bonne opportunité pour s’interroger, en tant que chrétien, sur le sens donné à sa responsabilité politique personnelle. « Le premier service que rend la foi chrétienne à la politique, écrivait le cardinal Ratzinger, consiste à libérer l’homme de l’irrationalité des mythes politiques [1]. » En quoi mes réflexions, mes décisions et mes paroles contribuent à lever ces mythes, c’est-à-dire à les identifier et à s’y opposer ? Continuer la lecture de « Démystifier la politique et revenir au réel : un service chrétien »

« Je suis chrétien »

« Je suis chrétien. » Il n’en faut pas plus pour déclencher une fatwa avec ce genre de propos iconoclaste chez un homme politique dans la France d’aujourd’hui. Évidemment, François Fillon, l’auteur du scandale, avait préparé son coup. Le calcul est de sa part audacieux, dans un contexte hyper laïciste. Mais en quoi est-il illégitime ?

TOUT CHRETIEN est fondé à revendiquer son droit de servir le bien commun en tant que chrétien. Mais les décisions qui peuvent être les siennes dans l’exercice de ses responsabilités, qu’il soit élu ou électeur, relèvent de son propre jugement et de sa raison. L’engagement politique du chrétien n’est pas un engagement confessionnel : il n’engage pas l’Église. Il se doit seulement d’être cohérent avec sa conscience, et en l’occurrence, puisqu’il est chrétien, avec les principes dont l’Église reconnaît qu’ils sont les fondements d’une société libre et digne de l’homme. Continuer la lecture de « « Je suis chrétien » »

Retrouver le sens du politique

À propos du document épiscopal « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Les évêques appellent à repenser le contrat social. Cette logique du contrat suffit-elle à résoudre une crise de société ? Il ne peut y avoir de juste compromis sans référence à des principes non-négociables.

cef-politiqueC’EST UN RITUEL. Avant chaque grande échéance électorale, les évêques de France invitent les catholiques à réfléchir à leur responsabilité politique. Par leur propre réflexion, ils appellent aussi les Français à prendre du recul sur l’actualité pour se poser les questions qu’ils pourraient ne pas se poser… Continuer la lecture de « Retrouver le sens du politique »

Ecologie : des papes antimodernes

A propos de Thomas Michelet op, Les Papes et l’Ecologie (Artège).

POUR DECOUVRIR la pensée de l’Église sur l’écologie, ce livre du dominicain Thomas Michelet fera référence. Depuis cinquante ans, les papes parlent d’écologie. En 1970, Paul VI craint déjà une « catastrophe écologique », et l’inventeur de « l’écologie humaine » est assurément saint Jean Paul II, même si le peuple de Dieu est écologique depuis… la Genèse. Le Fr. Thomas Michelet a choisi comme ouverture de son recueil la constitution Gaudium et Spes de Vatican II, qui n’est pas un texte pontifical au sens strict, mais bien un « point de départ » prophétique, selon le mot du cardinal Turkson, de la réflexion contemporaine de l’Église sur l’écologie. Continuer la lecture de « Ecologie : des papes antimodernes »

« La doctrine sociale de l’Église à deux pattes »

Le DoCat, catéchisme de la doctrine sociale de l’Église pour les jeunes, a été présenté lors des JMJ de Cracovie. Dans sa préface, le pape François le présente comme « un guide formidable pour l’agir chrétien ». En France, pour l’instant, c’est silence radio quasi-total : dommage…

« LA DOCTRINE SOCIALE de l’Église à deux pattes », c’est ainsi que le pape François, jamais avare d’une formule iconoclaste, « rêve » du million de jeunes chrétiens qui se lèvera pour vivre la doctrine sociale auprès de tous leurs contemporains. C’est pour les y aider que le pape a confié au cardinal Schönborn, le maître d’œuvre du catéchisme de l’Église catholique (CEC) publié sous l’autorité de saint Jean Paul II, de mettre en œuvre la version « doctrine sociale » du YouCat, cet excellent catéchisme pour les jeunes de 18 à 30 ans qui a été distribué aux pèlerins des JMJ de Madrid. Continuer la lecture de « « La doctrine sociale de l’Église à deux pattes » »

Clinton ou Trump ? Pour les catholiques, la peste ou le choléra

Hillary Clinton a reçu en juillet l’investiture démocrate pour la présidentielle du 8 novembre. Une semaine auparavant, c’est Donald Trump qui était officiellement désigné par le Parti républicain comme son candidat à la présidence. Pour les électeurs catholiques américains, quoi que disent les sondages, le dilemme est entier : la peste ou le choléra. Une situation que les citoyens français feraient bien de suivre avec attention pour nourrir leur réflexion quand ils devront choisir à leur tour.

LA PESTE, c’est Hillary Clinton. Plus libertaire que les démocrates les plus libertaires, l’ex-secrétaire d’État de Barack Obama ne baissera pas la garde dans les assauts de l’actuelle administration contre la liberté religieuse et de conscience, elle qui juge les catholiques sectaires, intolérants et bigots. Continuer la lecture de « Clinton ou Trump ? Pour les catholiques, la peste ou le choléra »

Un antiterrorisme chrétien : le pape François, la violence et la religion

Retour sur les propos controversés du pape sur le terrorisme, l’islam et la violence religieuse. Des propos qui s’inscrivent dans la droite ligne de la pensée et de la diplomatie catholiques la plus récente, de Pie XII à Benoît XVI.

CE N’EST PAS LA PREMIERE FOIS qu’un pape provoque un tollé dans un avion. En parlant de la violence des catholiques à propos du terrorisme islamique, le pape François de retour de Pologne n’a pas fait dans la dentelle. Benoît XVI en route vers l’Afrique n’avait pas fait moins, en doutant des effets positifs du préservatif. Le monde entier avait crié au scandale. Ce qui est nouveau avec le pape François, c’est que de nombreux chrétiens ont joint leurs voix au concert des indignés. Continuer la lecture de « Un antiterrorisme chrétien : le pape François, la violence et la religion »

Miséricorde et politique

Au cœur de l’Année de la miséricorde, réflexion sur le thème difficile de la relation entre miséricorde et justice en politique. Au coeur de ces deux exigences indissociables : la vérité.

DANS UN MONDE où tout est politique, le message de l’Église sur la miséricorde est largement interprété selon les critères du libéralisme dominant. Mais que sait-on réellement de la miséricorde ? Que sait le monde de la miséricorde divine ? Que savent les chrétiens de la dimension sociale de la miséricorde ? Continuer la lecture de « Miséricorde et politique »

Pourquoi le bien commun se définit… avec prudence

Précieux travail que ce recueil d’études sur le bien commun proposé par la Société internationale de philosophie réaliste.

BCommunLe bien commun, aujourd’hui ? Un concept fourre-tout qui sert volontiers de slogan aux ambitions politiques les plus honorables, mais aussi les plus fantaisistes. L’opinion le confond avec l’« intérêt général », compris comme la somme des intérêts particuliers. Dans la société moderne, régie par le « contrat » qui régule les tensions entre les rapports de force, le bien commun devient le plus petit dénominateur commun. Or le compromis auquel il donne lieu, fait remarquer Pascal Jacob, « va logiquement se traduire par la satisfaction du plus grand nombre ou tyrannie de la majorité ». Continuer la lecture de « Pourquoi le bien commun se définit… avec prudence »